la neige est de retour
La belle région de Haïzer sur le versant sud du Djurdjura
Les chutes de neige enregistrées depuis une quinzaine de jours sur le massif du Djurdjura prennent l’aspect d’un manteau épais et harmonieux sur son versant sud, principalement sur les flancs dominant les communes de Haïzer et Taghzout dans la wilaya de Bouira.
Un blanc laiteux qui s’étale à vue d’œil tapissant jusqu’aux garrigues et parcours situés au sud de Tikjda. De là, le panorama se complète avec le nouvel ouvrage hydraulique, le barrage de Tilesdit, dont le lac, empruntant une forme de crocodile bien allongé, reflète le moutonnement de nuages en perpétuel déplacement et qui laissent, dans des moments d’éclaircies, poindre de fins rais de lumière qui transpercent dans un beau tableau de maître les eaux calmes et langoureuses du plan d’eau. Tout dans le chef-lieu de wilaya de Bouira indique que Haïzer est là, dans les parages. Très présents dans la ville, les habitants de cette commune, qui est en même temps chef-lieu de daïra, descendent même pour de menues commissions, histoire de fixer ou d’honorer un rendez-vous dans l’un des cafés, très nombreux, qui parsèment la cité ; histoire aussi de s’informer de ce qui se passe, de se rendre dans un cybercafé ou de dissiper un cafard tenace. Mais le lieu d’élection de la communauté de Haïzer est certainement ce recoin du carrefour de Tikjda, en bordure de la RN 5 et où commence la RN 33 qui relie Bouira à Tizi Ouzou. Là, la station de transport vers les deux localités de Haïzer et Taghzout ne désemplit jamais de jeunes, vieux, femmes et filles s’apprêtant à rejoindre leurs foyers au bout d’une journée passée dans les rues et venelles du chef-lieu de wilaya.
Sous ce point de vue, la localité de Haïzer paraît comme une lointaine banlieue de la ville de Bouira. Elle n’en est, en fait, distante que de neuf kilomètres. La route nationale n°33 qui la dessert, et qui continue sur Tikjda, est bien entretenue avec un tapis qui tient bon. En empruntant cette route, l’on a en face de nous la muraille du Djurdjura dans sa portion la plus massive et la plus redressée. Les deux crêtes de Tajgagalt et Adrar n’Haïzer, surplombées par la Dent du Lion (une aiguille de 2 123 m d’altitude appelée ici Tamgout n’Haïzer), dominent la plaine de Oued Tessala et les plateaux forestiers de Tikboucht et d’Ighil edjbar. La différence d’altitude est énorme ; elle donne le vertige. Le village de Haïzer n’est qu’à 560 m, alors que la Dent du Lion, suspendue dans le ciel telle une aurore boréale, est à 2 123 m ! C’est l’un des spectacles les plus éblouissants et l’un des panoramas les plus rares. Une telle situation aurait pu faire de ce village une station touristique des plus enviables si un plan de développement touristique y était mis en œuvre. L’idée est d’autant plus sensée que ce lieu est aussi le point de passage vers la mythique station de Tikjda située à quelque quinze kilomètres d’ici. Mais, pour l’instant, il n’en est rien. Haïzer reste cette cité hybride entre l’ancien village kabyle et la nouvelle cité qui n’arrive pas encore à trouver ses marques. Poussières ascendantes en forme de vortex en été, fange épaisse en hiver ; ce sont là les deux caractéristiques de ses venelles et même du «boulevard» central.
Le Haut-Haïzer, à l’image de Aïn Alouane était un no man’s land au milieu des années 1990. L’activité terroriste s’étendait jusqu’aux hauteurs de la circonscription de M’chedellah (Tizi n’Kouilal). Aujourd’hui, la vie reprend ses droits peu à peu et la sécurité est relativement rétablie dans toute la région, les gens reviennent à leurs maisons de montagne et depuis les trois dernières années l’association Mimouna est pour quelque chose. Les activités sportives annuelles et les trois festivals des montagnes quelle a organisé dans la région ont crées une ambiance particulière.
Malheureusement, les incendies de 1994 et le problème des chenilles ravageuses ont largement affecté ce patrimoine. Après les quatre dernières années où la pluviométrie a connu un volume fort intéressant (jusqu’à 900 mm par an), la remontée biologique commence à faire son travail. Des nappes de plants régénérés de pin d’Alep sont visibles un peu partout.
Le secteur resté vierge jusqu’à présent est bien sûr celui du tourisme. L’aménagement d’espaces d’écotourisme dans le Parc national du Djurdjura conférera un autre destin aux agglomérations et hameaux de la daïra de Haïzer : possibilité d’investir dans le commerce, les métiers traditionnels, l’artisanat, l’hôtellerie et les autres services connexes.
Pour peu que les pouvoirs publics tracent une politique claire et rationnelle en la matière et que la société civile et les professionnels du tourisme soient plus entreprenants, les villages de Tessala, Merkala, Izemourène, Tanagout, Ath khrouf…etc. pourront devenir des villages alpins où, à l’harmonie et à la beauté de la nature, s’ajouteront de réelles perspectives de travail, d’investissement et de bien-être social en développant la culture de l’écotourisme.
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